21/03/2012

Première course

"J'veux pas avoir les pieds gelés comme Lambert, j'veux pas avoir les pieds gelés comme Lambert..."
La litanie reprend inlassable, à peine interrompue de temps à autre par cette autre formule aimée : "Si tu tombes, tu te tues, si tu tombes, tu te tues..."

Nous montons, non pas à l'Anapurna, non dans le froid et la neige, mais seulement au Luisin, sous un soleil de plomb qui brûle nos gosiers déjà secs, malgré la fontaine de La Creusaz qui est maintenant déjà loin derrière nous.


Première course, premier dur effort qui coûte parce que les muscles sont sans entraînement, parce que les épaules font mal, parce que les pieds sont encore tendres, parce qu'il fait chaud et qu'on a pas d'eau. Seuls les "durs" avaient souri à l'aventure qui s'offrait. Elle était pour eux leur Anapurna, et la phrase obsédante le rappelait à ceux qui l'auraient oublié.

Partis vers 10 h. de La Creusaz, sans eau, nous essayons, peu avant les derniers rochers et les échelles, de dîner; mais rien ne passe sauf quelques fruits lentement savourés.
Le Luisin, c'est une espèce de montagne à vaches (pour des vaches entraînées et capables de grimper aux échelles, naturellement).

Elle parut à Dubosson et à P. Dunand un vertigineux sommet qui suppose des heures de varappe, où, pendus entre ciel et terre, il faut à chaque pas réciter son acte de contrition !
Arrivés au sommet vers 1 h., nous découvrons un panorama splendide : à nos pieds, le lac de Salenfe, en face de nous, les Dents du Midi, nos préalpes et nos alpes à perte de vue, tout autour.
Pour la descente, il y a deux possibilités : ou bien on descend avec son sac sur le dos, ou bien on laisse d'abord descendre son sac pour le retrouver en bas. Michel Dunand et l'abbé préfèrent, je pense, la deuxième possibilité.
A eux deux, ils réussissent à laisser descendre le sac qui s'en va, clopin-clopan, son bonhomme de chemin, roulant, cahotant, dégringolant. Heureusement on le retrouve sans trop de mal. Un conseil : la première possibilité est plus sûre, surtout si dans le sac il y a une boîte de confiture ouverte !...
La descente s'effectue sans difficulté et nous retrouvons le groupe  des "pas durs" qui monte le névé. Glissades et fonds de culotte mouillés ! Darzens semble préférer les grands boulevards de Paris ; Winkler, assis dans une marmite (qui du coup devient une marmite glacière) l'utilise comme luge.
En-dessous des névés, goûter, et tandis que de gros nuages s'amoncellent sur nos têtes, le sentier nous invite à rentrer au chalet. Nous dévalons la montagne pour retrouver, heureux, le chemin paisible de Van-d'en-Haut.
Un dernier virage, un petit tunnel, et nous voici chez nous.
Il fait bon se laver de la tête au pieds, en chantant. Schaller, lui, économisant son savon et préférant son teint "bronzé", nous harcèle déjà pour faire une partie de cartes ou un match de volley...
E.B.

Ce récit est celui de la toute première course des camps de La Cordée, en juillet 1952, écrite par l'abbé Etienne Brun. Ci-dessous les pages scannées du journal de camp.

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12:09 Publié dans Récits d'Antan 50's | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | |  Facebook

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