05/12/2014

Première expédition à la Dent-Blanche 24 et 25 août 1962

Ding… ding… allo… ! oui… Gabriel Chassot au bout du fil… Quoi ? … la Dent-Blanche ? … Bonard …  tu viens à 5 heures… Salut Papa !!!

Il y a deux heures que nous "poirottons". Enfin, il arrive. Dans la hâte nous n’avions rien préparé. En une demi-heure, nous étions parés.


 Nous prenons les cahots de la route pour arriver de nuit, à 8 heures, à Ferpècle. Là, un saisonnier nous indiqua tout, sauf le bon chemin. Comme des grands, nous suivîmes son conseil et bientôt égarés, lampe de poche en main, nous cherchions le chemin. Le flair de mon "tarin" nous fit trouver une voie plutôt douteuse qui traversait des dalles tantôt sèches, tantôt mouillées. Là, dans un passage délicat, Pierre nous fit une démonstration de toboggan, haute voltige et saut périlleux avec atterrissage forcé sur les genoux au bas d’un couloir de 15m. Il s’en tira fort bien. Vu le moral assez bas, nous mangeâmes un morceau. Je changeai ma pile de lampe de poche et nous attaquâmes bientôt le glacier. Au bout d’un long moment, séracs à gauche, séracs à droite, séracs devant, séracs derrière !!!

Les piles faiblissantes, la lune absente, les jambes flageolantes, la fatigue gagnante, nous décidâmes, après réflexion, à 1heure, de bivouaquer. Entre deux blocs, une cuvette fit notre affaire. Je tirai deux flash. Le cognac nous remonta le moral et « bien installés » nous chantâmes pour oublier le froid et nous bougions sans arrêt les doigts de pieds. A quatre heures, la lune mit fin à notre supplice. Pas très emballés, nous repartîmes dans les séracs. Le jour se leva et, loin, bien loin, nous découvrîmes le chemin. On monta sur la moraine, on délesta les sacs au profit de nos estomacs et, après avoir observé quelques chamois, on repartit en direction de la cabane. Hugues, toujours très dévoué nous prépara un bon dîner. Le café finit de nous mettre à l’aise. Deux pages du livre de cabane enregistrèrent la "première" de notre montée à Rossier. Après avoir dormi, mangé, redormi, remangé, enfin retapés, nous partons à l’assaut. Après 4 heures de montée pénible, par un vent froid et violent qui allait jusqu’à nous coucher sur l’arête, nous arrivâmes au sommet. Nous nous mîmes à l’abri. Les photos de la victoire fusèrent. Le temps de manger quelque chose sur le pouce et déjà une heure était passée. En regagnant l’arête, le vent, toujours aussi violent, accompagné d’un épais brouillard, nous attendait. Après quelques minutes de descente, le vent s’engouffrant sous mon anorak, le déchira complètement et lui arracha une manche. Le givre nous collait aux vêtements. Bientôt je portai une petite barbe blanche. Les sourcils et les cils subirent le même sort. Après avoir dépassé 14 personnes en descendant, nous arrivâmes à la dernière arête de glace devant un guide et ses deux clients.

Nous descendions corde tendue quand soudain Hugues fit un faux mouvement et la corde me fit perdre l’équilibre. Je partis en toboggan, tout comme Pierre l’avant-veille et tombai sur un tas de cailloux où malheureusement la pointe de mon piolet coupa la corde.

Nous étions enfin de retour à la cabane. Une nouvelle tasse de café, un morceau de lard et nous repartions pour la vallée.

Après 3 heures de marche "pépère" nous étions à la table d’un café pour boire une bonne bière.

Gabriel Chassot

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09:00 Publié dans Récits d'Antan 60's | Commentaires (0) |  Imprimer | | | | |  Facebook

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