24/04/2012

Récit de la dernière course de juillet 2011

Ce vendredi matin, c’est une petite sardine qui s’était cachée dans notre dortoir qui m’a réveillée un peu avant 5h. Après le petit déjeuner rapide, nous sommes partis dans de la cabane d’Orny vers cinq heures de demie. La veille, il neigeait et le vent soufflait, mais à présent le calme règne et l’on peut voir du givre sur les cailloux. Aujourd’hui, c’est le dernier jour. C’est notre dernière course ensemble, La dernière course de la Cordée de juillet 2011.
Profiter est le maître mot du jour. Déjà, on arrive sur le glacier ; les cordées sont faites et l’on marche d’un bon pas. Le froid à peu à peu engourdis mes sens, mais il les éveille aussi. Derrière nous le soleil se lève lentement ; il nappe inlassablement les roches devant nous d’une lumière orange qui réchauffe mon être. Seul le crissement de la neige sous mes pieds et mon souffle haletant perturbent le silence assourdissant de cette plaine glacée. Encordés, je tiens ta vie entre mes mains et toi la miennes. Cela fait trois semaines que nous marchons ensemble et même si demain cette cordée aura disparu, les liens qui nous unissent seront toujours là. Peu à peu, je vois mon ombre se dessiner devant moi ; on est arrivé dans les rayons de notre soleil tant souhaités. Les cristaux de neige scintillent par millier, ils s’étendent vers l’horizon, là où le firmament étends son dôme d’azur jusqu’à la terre. Cette nuit, la fée du glacier a fait marcher sa machine sous ; on traverse un désert de neige immaculé et infini. On est seuls, et si petits ! Pour la première fois, je marche la tête tournée vers le haut ; mes yeux virevoltent entre pierre et glace, mon coeur se délecte de tant de beautés. Hier, j’avais mal aux pieds, j’avais mal au dos. Aujourd’hui, je me sens légère, je marche béate devant cette montagne si contradictoire, accueillante et menaçante à la fois. Cet instant éphémère au milieu de cette grondeur éternelle. Ce froid grisant et cette chaleur qui frappe ma nuque. Endorphine, hormone du plaisir. Je la sens qui parcoure mes veines de la tête aux pieds, jusqu’au bout de mes doigts. Je me sens plus vivante que jamais. Je suis ici, maintenant, moi-même.
Compagnons de cordée, j’ignore si vous avez ressenti autant et aussi fort que moi aujourd’hui mais laissez-moi vous dire que ce matin, je suis (re) tombée follement, ardemment, passionnément amoureuse de la montagne. Mes amis, cela, je le dois à vous, et je vous en suis éternellement reconnaissante. Souvenez-vous de cette blancheur quand vous verrez la souillure de notre monde. Souvenez-vous de tant de beauté.

S’il vous plait, prenez soin de vous.
Merci.

Callisto  (une participante au camp de juillet 2011)

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07:00 Publié dans Récits des années 2000 | Commentaires (1) |  Imprimer | | | | |  Facebook